362                         Les Spectacles de la Foire.
avec lefdits écriteaux jufqu'à la fin. Dont et de tout ce que deffus nous avons fait et dreffé le préfent procès-verbal.
Signé : Aubert.
(Archiva dei Comm., n" 3367.)
XVI
L'an 1718, le mardi 8 mars, 5 heures du foir, nous Nicolas-François Menyer, etc., furie réquifitoire de dame Catherine Vondrebecq, femme non commune en biens de meffire Pierre Chartier, confeiller au Châtelet, contenant qu'au préjudice du privilège qu'elle tient des intéreffés en l'Académie royale de muîïque d'avoir à l'exclufion de tous autres et de tenir des opéras comiques pendant le cours des foires, le fleur de St-Edme, qui tient une troupe de danfeurs de corde dans le préau de la foire St-Germain-des-Prës cn un jeu proche la porte de la Treille, fait plufieurs entreprifes fur ledit privilège et que, pour conftater ce qui peut y être cn contravention, elle a intérêt qu'il foit fait par nous un procès-verbal de ce qui fera repréfenté, nous fonimes tranfporté dans ladite loge, où étant nous avons trouvé que le jeu commence par plu­fieurs danfes fur la corde où plufieurs hommes et femmes et enfans danfent les uns après les autres, parmi lefquels eft une Italienne qui, en danfant fur la corde, fait différens exercices avec deux drapeaux qu'elle tient en fés mains. Enfuite fe tire une toile et paroît un théâtre qui repréfente un dt-fert et dans l'enfoncement des montagnes au haut dcfquellcs on voit lefoleil. Paroît dans l'inftant un Arlequin qui, par des geftes et des figures pantomimes, exprime fon dëfefpoir caufé par fa pauvreté et les rigueurs d'une femme qu'il aime, et veut s'étrangler. Un folitaire, qui fe trouve dans ce défert, l'en diffuade ct l'engage à confulter une enchantereffe nommée Urgande qui fait fa réfidencc dans ces lieux. Du fond d'une caverne fort Urgande accompagnée de deux filles, laquelle, voyant Arlequin, invoque les efprits malins, et d'une caverne et des montagnes fortent plufieurs fauteurs vêtus en démons qui font plufieurs fauts. Urgande, après les avoir confultés, fait connoitre à Arlequin fon origine, qu'il eft fils du foleil ct d'une actrice de l'Opéra de Venife et que fa mère l'a expofé. Enfuite la lueur du foleil difparoît du haut des montagnes en tirant des toiles et le foleil defeend de fon char à quelque diftance de la hauteur du théâtre, non par un contre-poids ni aucune machine,mais roule fur une efpècc d'efcalier en glacis, et reconnoit Arlequin pour fon fils et lui fait préfent d'une lyre qui doit avoir le même effet que celle d'Orphée. Laquelle lyre eft une boîte dans laquelle il y a une efpèce de reffort ^}ui rend quelques fons en tournant la poignée, laquelle boîte n'eft autre chofe qu'un jouet que l'on donne aux petits enfans, et Arlequin pour lors eft appelé Orphée le cadet. Enfuite defeend du haut des montagnes un fauteur vêtu en finge qui fait dif­férens fauts, et Arlequin, en jouant de fa lyre, l'attire à lui. Defcendent en-fuite du haut des montagnes fur un efcalier en glacis des chaffeurs qui pour-